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Nathalie TRIC à Kinshasa : un nouveau mandat au cœur de la souveraineté narrative
Arrivée à Kinshasa le 4 septembre 2026, Nathalie TRIC prend ses fonctions au moment où le cinéma congolais retrouve la course aux Oscars avec Rumba Royale. Formation, circulation, données, coopération régionale : une rencontre qui dit quelque chose du moment que traverse l’audiovisuel en Afrique centrale — et de la souveraineté narrative que nous voulons construire.
Par Tzipporah MAYALA
Directrice de l’Observatoire de l’Audiovisuel Africain
Fondatrice de L’Étoile de l’Afrique®
Nathalie TRIC a pris ses fonctions à Kinshasa le 4 septembre 2026 comme attachée audiovisuelle régionale à l’Ambassade de France en République démocratique du Congo.
Et elle arrive à un moment particulier.
Quelques semaines après sa prise de fonction, la République démocratique du Congo a retrouvé la course à l’Oscar du meilleur film international avec Rumba Royale, coréalisé par Yohane Dean LENGOL, talent de L’Étoile de l’Afrique®, et Hamed Mobasser.
Le rapprochement des dates n’établit évidemment aucun lien de causalité. Mais il raconte quelque chose du moment : celui d’un cinéma congolais qui affirme davantage sa présence internationale et d’un écosystème qui doit désormais transformer les trajectoires individuelles en capacité industrielle.
Car notre question, à l’Observatoire, n’est pas seulement : comment faire émerger une œuvre ? Elle est aussi : comment construire l’environnement qui permettra à la suivante d’exister, de se financer, de conserver ses droits et de circuler ?
C’est précisément là que commence la souveraineté narrative.
Raconter ne suffit plus
Nous avons longtemps résumé la souveraineté narrative par une idée juste : l’Afrique doit pouvoir raconter ses propres histoires.
Aujourd’hui, il faut aller plus loin.
Qui crée ? Qui finance ? Qui possède les droits ? Qui produit les données sur nos industries ? Qui distribue ? Qui accède aux marchés ? Qui transmet les compétences ?
La souveraineté narrative n’est pas seulement le droit de raconter. C’est la capacité de créer, financer, posséder, documenter, distribuer et transmettre ses récits.
Et c’est à l’intérieur de cette chaîne que je situe notre rencontre récente avec Nathalie TRIC.
Un profil qui connaît aussi la fabrication des images
Le parcours de Nathalie TRIC rend son arrivée dans la région particulièrement intéressante.
Avant ce mandat, elle a travaillé dans la production de contenus audiovisuels et dans la coopération audiovisuelle au Brésil, au sein du réseau diplomatique français. Son parcours est également passé par ARTE France, notamment autour de Karambolage et Le Dessous des Cartes. Sur Karambolage, elle a notamment signé différents sujets comme autrice.
Ce parcours compte.
Parce qu’une politique de coopération audiovisuelle ne travaille pas avec des concepts abstraits. Elle travaille avec des auteurs, des réalisateurs, des producteurs, des techniciens, des diffuseurs, des budgets, des contrats, des droits et des œuvres qu’il faut réellement fabriquer.
Et connaître cette réalité de l’intérieur change nécessairement la manière de dialoguer avec ceux qui la vivent.
Une rencontre qui ouvre déjà plusieurs chantiers
Quelques semaines après sa prise de fonction, l’Observatoire de l’Audiovisuel Africain et L’Étoile de l’Afrique® ont rencontré Nathalie TRIC.
Réduire la coopération à la seule question du financement serait manquer une partie essentielle du sujet.
Notre échange a permis d’identifier plusieurs terrains de travail concrets : la formation, la mobilité, Cannes, la coopération régionale et les connexions institutionnelles.
Nathalie a écouté notre architecture et compris la logique qui relie L’Étoile, l’Observatoire, le Printemps du Cinéma Africain®, la Méthode MAYALA® et nos opérations de mobilité professionnelle.
Elle a également commencé à jouer ce rôle essentiel dans une coopération régionale : orienter, connecter et identifier les bons relais.
C’est une collaboration qui commence. Et elle commence sur des sujets très concrets.
Pointe-Noire–Kinshasa : transmettre pour structurer
Premier chantier : la formation et la transmission.
À Pointe-Noire, L’Étoile de l’Afrique® déploie le Printemps du Cinéma Africain®, structuré autour de la Méthode MAYALA®.
Écriture. Production. Économie. Droits. Régie. Distribution. Marchés. Trajectoire professionnelle.
Notre ambition pour 2027 est d’aller plus loin en construisant progressivement un corridor professionnel Pointe-Noire–Kinshasa.
Sur ces questions de formation, nos échanges avec Nathalie TRIC ont également dépassé la seule dimension institutionnelle. Son expérience de l’écriture, de la fabrication éditoriale et de la coopération audiovisuelle nourrit déjà nos réflexions pédagogiques, notamment sur la transmission des compétences liées au scénario et à la structuration des récits.
Je tiens à le souligner parce que la coopération se mesure aussi ainsi : par la capacité d’un professionnel à mettre son expérience au service d’un écosystème, à transmettre des méthodes et à contribuer à faire grandir les outils qui permettront ensuite à d’autres de créer.
Cette contribution trouve naturellement un écho dans le travail que nous menons avec la Méthode MAYALA®, sans en modifier la philosophie : donner aux professionnels les moyens de mieux comprendre, structurer et maîtriser l’ensemble de la trajectoire de leurs œuvres.
Nathalie TRIC a par ailleurs accueilli favorablement la perspective d’un développement de nos actions de formation entre Pointe-Noire et Kinshasa.
Cette articulation entre les deux Congos est stratégique. Parce qu’une industrie qui veut maîtriser ses récits doit aussi être capable de produire et transmettre ses propres compétences.
Et parce que la souveraineté narrative commence également là : dans ce que nous sommes capables d’apprendre, de transmettre et, ensuite, de faire seuls.
Rumba Royale : de l’œuvre à l’écosystème
C’est ici que Rumba Royale devient particulièrement symbolique.
Voir Yohane Dean LENGOL, talent de L’Étoile de l’Afrique®, porter avec Hamed Mobasser une œuvre choisie pour représenter la RDC dans la course à l’Oscar du meilleur film international est une réussite que nous devons célébrer.
Mais le travail de L’Étoile commence là où la célébration s’arrête.
Qu’est-ce que cette trajectoire doit rendre possible pour le suivant ?
Le prochain Yohane doit pouvoir être identifié. Formé. Structuré. Financé. Protégé juridiquement. Produit. Distribué. Connecté aux marchés.
Et lorsqu’une œuvre rencontre le monde, son auteur et son producteur doivent savoir ce qu’ils possèdent, ce qu’ils cèdent, à quelles conditions et comment la valeur créée peut permettre de fabriquer la suivante.
Passer de Rumba Royale au prochain film : voilà l’enjeu industriel.
Documenter : la souveraineté passe aussi par la donnée
Il existe ensuite un chantier beaucoup moins spectaculaire qu’un tapis rouge, mais tout aussi déterminant : la donnée.
On ne construit pas une politique audiovisuelle souveraine uniquement avec des intuitions.
Combien d’œuvres sont produites ? Qui finance ? Quels producteurs sont actifs ? Quels dispositifs existent ? Quels diffuseurs achètent ? Où circulent les œuvres ? Qui possède les droits ?
C’est pourquoi l’Observatoire construit progressivement son infrastructure de connaissance des 54 États africains, notamment à travers DATA AFRICA®, AFRICA RIGHTS®, AFRICA SCREEN®, AFRICA PLAYERS® et AFRICA FUNDING®.
La donnée est, elle aussi, une infrastructure de souveraineté. Un écosystème qui connaît son marché ne négocie pas de la même manière avec ses partenaires.
Cannes 2027 : circuler sans perdre la maîtrise
Notre échange avec Nathalie TRIC a également porté sur la mobilité professionnelle et Cannes 2027.
Nous y préparons le Pavillon de l’Observatoire de l’Audiovisuel Africain comme un véritable hub professionnel Afrique–Europe.
Pas une vitrine. Un outil de travail.
Données. Coproduction. Financement. Droits. Distribution. Mobilité. Rencontres B2B. Dialogue institutionnel.
Notre objectif n’est pas d’emmener des talents africains à Cannes simplement pour les rendre visibles. Nous voulons qu’ils puissent y travailler, négocier, rencontrer, comprendre et conclure.
C’est précisément ainsi que nous souhaitons construire cette collaboration : par des connexions qui deviennent progressivement des possibilités concrètes pour les professionnels.
Coopérer sans déléguer notre stratégie
Il existe néanmoins une ligne à laquelle je tiens.
La souveraineté narrative n’est pas l’autarcie. Elle ne consiste pas à refuser les coopérations françaises, européennes ou internationales.
Elle consiste à arriver à la table en sachant qui nous sommes, ce que nous voulons construire, ce que nous apportons et ce que nous voulons conserver.
Nous avons besoin de partenaires capables d’écouter avant de prescrire. De connecter avant de remplacer. D’accompagner sans se substituer. Et de considérer les professionnels africains non comme les bénéficiaires périphériques de programmes conçus ailleurs, mais comme les architectes de leurs propres industries.
C’est aussi ce qui rend les premiers échanges avec Nathalie TRIC intéressants.
Il n’a pas été question de nous expliquer ce que nous devrions construire. Nous avons présenté ce que nous construisons déjà. Et nous avons commencé à chercher où la coopération pouvait utilement renforcer cette trajectoire.
Cette nuance est essentielle.
Le mandat commence. La collaboration aussi.
Nathalie TRIC est en poste à Kinshasa depuis le 4 septembre 2026.
Il serait beaucoup trop tôt pour dresser le bilan de son mandat. Mais il n’est pas trop tôt pour regarder le moment dans lequel il commence.
Une RDC qui retrouve la course aux Oscars.
Un talent de L’Étoile qui participe à cette dynamique avec Rumba Royale.
Un Printemps du Cinéma Africain® qui travaille sur les compétences.
Un corridor Pointe-Noire–Kinshasa qui doit renforcer l’écosystème.
Un Observatoire qui travaille sur les données et l’intelligence de marché.
Des talents que nous préparons à la mobilité internationale.
Et Cannes 2027, où nous voulons connecter ces différentes briques aux marchés, aux partenaires et aux décideurs.
Au milieu de cette dynamique, une nouvelle attachée audiovisuelle régionale arrive avec une connaissance de la fabrication des contenus, une expérience de la coopération internationale et un périmètre qui couvre plusieurs territoires stratégiques d’Afrique centrale.
C’est dans cet esprit que notre collaboration avec Nathalie TRIC commence, et c’est dans cet esprit que nous souhaitons la poursuivre.
Car la souveraineté narrative ne demande pas moins de coopération.
Elle demande une coopération plus équilibrée, plus structurée et plus consciente de ce qui doit rester entre les mains de ceux qui créent.
Tzipporah MAYALA Directrice de l’Observatoire de l’Audiovisuel Africain Fondatrice de L’Étoile de l’Afrique®

