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Méthode MAYALA® — Pourquoi j’ai créé une méthode pour regarder un projet audiovisuel dans sa totalité
Pendant longtemps, j’ai regardé des projets audiovisuels être évalués principalement à travers une question : est-ce une bonne histoire ? La question est essentielle, mais elle ne suffit pas. C’est à partir de ce constat que j’ai construit la Méthode MAYALA® : une lecture globale de la capacité réelle d’un projet à avancer.
Par Tzipporah MAYALA
Directrice de l’Observatoire de l’Audiovisuel Africain
Fondatrice de L’Étoile de l’Afrique®
Pendant longtemps, j’ai regardé des projets audiovisuels être évalués principalement à travers une question : est-ce une bonne histoire ?
La question est évidemment essentielle. Mais elle ne suffit pas.
J’ai vu des projets artistiquement puissants ne pas avancer. Des auteurs talentueux ne pas savoir comment transformer une intention en projet professionnel. Des œuvres exister sans véritable stratégie de circulation. Des porteurs de projets arriver sur des marchés sans être réellement prêts à rencontrer des financeurs, des producteurs ou des diffuseurs.
Et j’ai progressivement compris quelque chose : un projet peut être artistiquement fort et professionnellement fragile.
C’est à partir de ce constat que j’ai construit la Méthode MAYALA®.
Non pas pour remplacer le regard artistique. Mais pour lui ajouter ce qui manque trop souvent : une lecture globale de la capacité réelle d’un projet à avancer.
UN FILM N’EST PAS SEULEMENT UNE HISTOIRE
Lorsqu’on parle d’un projet de cinéma ou d’audiovisuel, on commence naturellement par son histoire : scénario, personnages, mise en scène, intention de l’auteur.
Mais lorsqu’un projet entre dans l’industrie, d’autres questions apparaissent immédiatement : qui détient les droits ? Quel est le modèle économique ? Comment le projet sera-t-il produit ? Avec quelle équipe ? Pour quel budget ? Quels financements ? Quelle stratégie de distribution ? Quels diffuseurs ? Quels marchés ? Quels territoires ? Quels publics ? Quelles données permettent de prendre les bonnes décisions ? Quels outils technologiques peuvent soutenir sa fabrication, sa protection ou sa circulation ? Et surtout : quelle est la prochaine décision qui permettra réellement au projet d’avancer ?
C’est cette vision globale qui constitue le cœur de MAYALA®.
JE NE VOULAIS PAS CRÉER UNE NOTE DE PLUS
Lorsque j’ai commencé à structurer la méthode, je ne voulais surtout pas créer un système qui attribuerait simplement une note à un projet. Un projet audiovisuel est trop complexe pour être réduit à un chiffre.
Je voulais comprendre ses forces, ses fragilités, ses écarts, son niveau de préparation et les décisions qui pourraient modifier sa trajectoire.
La question de MAYALA® n’est donc pas : « Est-ce que ce projet est bon ? »
La question est : « Où en est réellement ce projet et de quoi a-t-il besoin pour franchir l’étape suivante ? »
12 AXES POUR REGARDER LE PROJET DANS SA TOTALITÉ
La Méthode MAYALA® repose aujourd’hui sur 12 axes d’évaluation professionnels. Ces axes permettent de ne pas regarder uniquement l’œuvre, mais l’ensemble du système qui permettra — ou empêchera — cette œuvre d’avancer.
L’objectif n’est pas d’accumuler des critères. L’objectif est de faire apparaître les écarts. Parce qu’un projet peut être très avancé sur un axe et extrêmement fragile sur un autre. Et c’est souvent dans cet écart que se trouve le véritable blocage.
LA SOUVERAINETÉ NARRATIVE NE SE LIMITE PAS AU RÉCIT
En travaillant sur les cinémas africains et les diasporas, une autre question s’est imposée à moi : nous parlons beaucoup de souveraineté narrative. Qui raconte ? Depuis quel regard ? Avec quelles représentations ? À qui appartient la capacité de définir nos imaginaires ?
Mais il est impossible de parler sérieusement de souveraineté narrative sans regarder également les conditions matérielles de cette souveraineté.
Peut-on être pleinement souverain sur son récit si l’on ne maîtrise pas ses droits, son modèle économique, sa production, ses données, ses technologies ou sa distribution ?
C’est pourquoi j’ai intégré à MAYALA® l’ISN® — Indice de Souveraineté Narrative. Il repose sur sept dimensions : Narrative, Juridique, Économique, Productive, Technologique, Informationnelle et Distributive.
La souveraineté d’une œuvre ne se mesure pas uniquement à celui qui tient la caméra. Elle se mesure aussi à celui qui possède, finance, produit, documente, distribue et décide.
DE L’ÉVALUATION À LA DÉCISION
Une méthode n’a d’intérêt que si elle permet d’agir. C’est pourquoi MAYALA® ne s’arrête pas au diagnostic. Identifier une faiblesse sans déterminer ce qu’il faut faire ensuite produit peu de valeur.
Le diagnostic doit conduire à une décision. Puis cette décision doit conduire à une action.
C’est dans cette logique que s’inscrit le cycle SEED® : SPARK, EXPLORE, EMBED, DEPLOY.
Je ne veux pas que quelqu’un termine un diagnostic MAYALA® avec cinquante pages de constats et aucune direction. Je veux qu’il puisse répondre à une question simple : « Qu’est-ce que je fais maintenant ? »
SAVOIR SI L’ON EST RÉELLEMENT PRÊT
Il existe également un problème de temporalité dans notre industrie. Nous voulons parfois aller au marché trop tôt, chercher un financement trop tôt, rencontrer un diffuseur trop tôt. À l’inverse, certains projets restent en développement pendant des années alors qu’ils devraient déjà passer à l’étape suivante.
MAYALA® cherche donc à identifier le niveau réel de préparation. Ces passages constituent des Gates. Ce n’est pas l’opportunité qui doit décider si le projet est prêt. Le projet doit pouvoir démontrer qu’il l’est.
MAYALA® NE S’ARRÊTE PAS AUX PROJETS EN DÉVELOPPEMENT
Un projet produit peut lui aussi avoir besoin d’un nouveau diagnostic. Une œuvre peut avoir été réalisée, avoir circulé, rencontré des festivals, obtenu des distinctions et posséder encore un potentiel considérable.
La question devient alors : « Comment prolonger intelligemment sa trajectoire ? »
C’est précisément le travail que nous commençons avec Patrick J. EXHENAT et Vénus d’Ailleurs. Le film existe, il a circulé, il a été distingué. MAYALA® n’intervient donc pas pour recommencer son parcours, mais pour regarder ses acquis, ses actifs et les opportunités qui restent ouvertes afin d’identifier une nouvelle trajectoire.
MESURER CE QUE LA MÉTHODE PRODUIT RÉELLEMENT
Je veux que MAYALA® puisse être confrontée à ses résultats. Une méthode ne peut pas uniquement être décrite par sa créatrice. Elle doit pouvoir être observée, testée, documentée et améliorée.
C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles l’Observatoire de l’Audiovisuel Africain occupe une place particulière dans cette démarche. Nous pouvons documenter des situations avant intervention, observer les décisions prises, puis regarder ce qui se produit.
Je veux pouvoir mesurer la distance entre le diagnostic et le résultat.
UNE MÉTHODE PENSÉE POUR RENDRE LE PORTEUR DE PROJET PLUS AUTONOME
Une méthode ne devrait pas rendre son utilisateur dépendant de celui qui l’a créée. Elle devrait produire l’effet inverse : l’aider à mieux comprendre son projet, identifier ses points faibles, poser les bonnes questions et prendre progressivement de meilleures décisions.
MAYALA® n’a pas vocation à décider à la place du créateur. Elle doit lui permettre de décider avec davantage de maîtrise.
POURQUOI J’AI APPELÉ CETTE MÉTHODE MAYALA®
Cette méthode porte mon nom parce qu’elle porte une manière de regarder les projets que j’ai construite au fil de mon travail. Mais je ne veux pas qu’elle reste attachée à une personne. Je veux qu’elle devienne un langage professionnel.
Un projet audiovisuel n’est jamais uniquement un scénario. C’est un ensemble de décisions artistiques, juridiques, économiques, productives, technologiques, informationnelles et distributives.
Nos histoires méritent d’être fortes. Mais elles méritent aussi d’être protégées, financées, produites, maîtrisées et distribuées.
Parce qu’une histoire que nous sommes capables de raconter mais incapables de faire circuler reste une souveraineté incomplète.
Et c’est précisément cette distance — entre l’histoire que nous voulons raconter et notre capacité réelle à la conduire jusqu’à son public — que la Méthode MAYALA® cherche à réduire.


