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Talents & trajectoires · République du Congo
Flaverick Beautresor Kouta : à Pointe-Noire, reconstruire une vie de cinéma
Festival, formation, marché ambulant, production et salle de cinéma : depuis plus d’une décennie, Flaverick Beautresor Kouta travaille sur plusieurs maillons d’une même chaîne. Son parcours à Pointe-Noire pose une question centrale pour l’avenir du cinéma congolais : comment passer de la création de films à la construction d’une véritable vie cinématographique ?
Par Tzipporah MAYALA
Directrice de l’Observatoire de l’Audiovisuel Africain
Fondatrice de L’Étoile de l’Afrique®
À Pointe-Noire, parler de cinéma ne peut pas se limiter aux films qui se tournent. Il faut aussi parler des lieux où ils se regardent, des publics qui les découvrent, des professionnels qui se forment et des circuits qui permettent aux œuvres de rencontrer leur territoire.
C’est précisément ce qui rend le parcours de Flaverick Beautresor Kouta intéressant.
Réalisateur et scénariste formé au Maroc, il est documenté dès 2014 comme membre moteur du Club des cinéastes du Congo. En 2015, son court métrage « Flash-Back » reçoit un prix au Festival du cinéma des deux rives. Mais son parcours ne s’arrête pas à la réalisation.
FAIRE DES FILMS, MAIS AUSSI CRÉER LES CONDITIONS POUR QU’ILS EXISTENT
Flaverick Beautresor Kouta est l’initiateur du Festival des films congolais, le FESFICO, porté par le Club des cinéastes du Congo.
Le festival ne se contente pas de projeter des œuvres. Les éditions documentées associent projections populaires, valorisation du cinéma national, formations aux métiers du cinéma et échanges entre professionnels et cinéphiles.
Autrement dit, l’enjeu n’est déjà plus seulement de montrer un film. Il s’agit de fabriquer un public, de transmettre des compétences et de créer des rendez-vous réguliers autour du cinéma congolais.
DU FESTIVAL AU MARCHÉ
En octobre 2017, Flaverick Beautresor Kouta explique avoir lancé un marché des films congolais en DVD ainsi qu’une salle de formation au centre socioculturel Kakama « Accroche-toi ».
En 2018, le Club des cinéastes du Congo poursuit cette logique avec un marché ambulant des films congolais à Pointe-Noire : écoles, marchés et espaces publics deviennent des points de rencontre entre les œuvres et leurs spectateurs.
Cette initiative raconte quelque chose d’essentiel.
Un cinéma national ne peut pas vivre uniquement parce que des films sont produits. Il doit pouvoir circuler. Il doit être vu. Il doit rencontrer un public capable de l’identifier, de le soutenir et de le consommer.
2021 : LE RETOUR D’UNE SALLE À POINTE-NOIRE
Puis vient un projet particulièrement symbolique.
En 2021, plusieurs publications documentent l’ouverture annoncée à Pointe-Noire d’une salle polyvalente de 250 places initiée par Flaverick Beautresor Kouta, avec le concours notamment de l’association Kakama « Accroche-toi », d’African Valley et de donateurs mobilisés par financement participatif.
La nuance historique est importante : il ne s’agit pas de la première salle de cinéma de l’histoire congolaise. Pointe-Noire avait connu notamment les salles Rex et Duo.
Mais précisément : ces salles mythiques avaient disparu de leur fonction cinématographique.
Le projet de Ngoyo prend donc une autre dimension. Il intervient dans un territoire où toute une génération avait grandi sans véritable pratique régulière de la salle de cinéma.
Réinstaller un écran, des fauteuils et un lieu de projection, c’est aussi réinstaller une habitude culturelle.
UNE INDUSTRIE A BESOIN DE PUBLICS
On parle souvent de financement lorsqu’on parle de structuration du cinéma africain.
On parle de production.
On parle de coproduction internationale.
On parle de festivals et de marchés internationaux.
Mais une industrie ne tient pas uniquement par l’amont.
Elle tient également par l’aval : exploitation, diffusion, circulation et relation avec le public.
Sans spectateurs, le film reste une œuvre produite.
Avec des lieux, des rendez-vous, des circuits et une politique de transmission, il peut devenir une pratique culturelle et progressivement un marché.
C’est ce continuum qui rend le parcours de Flaverick Beautresor Kouta particulièrement pertinent pour l’Observatoire de l’Audiovisuel Africain.
POINTE-NOIRE, TERRITOIRE DE CINÉMA ?
Son parcours conduit alors à une question plus grande que sa trajectoire personnelle : quelle place Pointe-Noire peut-elle prendre dans la structuration audiovisuelle de la République du Congo ?
La capitale économique dispose d’une population, d’une jeunesse, de créateurs et d’une histoire culturelle. Mais transformer ce potentiel en filière suppose de relier plusieurs maillons : création, formation, techniciens, production, financement, diffusion, exploitation, données et publics.
Le FESFICO, les actions de formation, les initiatives de circulation des films et le projet de salle montrent qu’une partie de cette réflexion existe déjà sur le terrain.
Il faut désormais la documenter, la mesurer et comprendre ce qui peut être consolidé.
NE PLUS REGARDER LES INITIATIVES ISOLÉMENT
C’est peut-être le principal enseignement.
Un festival isolé ne constitue pas une industrie.
Une salle isolée non plus.
Un film isolé non plus.
Mais lorsqu’un même territoire commence à produire des œuvres, former des professionnels, organiser des projections, créer des événements, chercher des modèles de diffusion et reconstruire des lieux de rencontre avec le public, quelque chose commence à ressembler à un écosystème.
C’est cet écosystème qu’il faut regarder.
Flaverick Beautresor Kouta n’est donc pas intéressant uniquement parce qu’il réalise des films ou dirige un festival.
Son parcours permet d’observer, à l’échelle de Pointe-Noire, une tentative de réponse à l’une des questions fondamentales du cinéma africain contemporain :
comment faire pour que les films ne soient pas seulement fabriqués, mais qu’ils vivent réellement sur leur territoire ?
Pour l’Observatoire de l’Audiovisuel Africain, cette question est stratégique.
Parce que la souveraineté narrative ne s’arrête pas au moment où une caméra cesse de tourner.
Elle se poursuit jusqu’au moment où une œuvre rencontre son public.


