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De Paris à Pointe-Noire : pourquoi L’Étoile de l’Afrique choisit d’ancrer son écosystème au Congo
Après avoir observé les parcours de professionnels comme Flaverick Beautresor Kouta et Mbongo Mbulu Cedrick, puis interrogé la capacité de Pointe-Noire à devenir un véritable pôle audiovisuel d’Afrique centrale, une nouvelle étape se dessine : celle de l’implantation. En 2027, L’Étoile de l’Afrique choisit Pointe-Noire pour développer un ancrage permanent entre formation, professionnalisation, projets, données et coopération France–Afrique. Pourquoi ici ? Et surtout : pour répondre à quels besoins ?
Par Tzipporah MAYALA
Directrice de l’Observatoire de l’Audiovisuel Africain
Fondatrice de L’Étoile de l’Afrique®
Il y a une différence entre organiser une activité dans un territoire et décider de s’y installer.
Dans le premier cas, on intervient.
Dans le second, on s’engage à observer, comprendre et travailler dans la durée.
C’est cette deuxième voie que choisit L’Étoile de l’Afrique avec son implantation à Pointe-Noire, en République du Congo.
Ce choix n’arrive pas isolément.
Ces derniers mois, l’Observatoire de l’Audiovisuel Africain s’est intéressé à plusieurs signaux émanant de Pointe-Noire : les parcours de professionnels du territoire, les besoins en compétences techniques, les dispositifs de formation, les laboratoires de développement de projets, les difficultés de diffusion des œuvres et, plus largement, la question de la structuration d’une véritable filière audiovisuelle.
Une interrogation s’est progressivement imposée :
Pointe-Noire possède plusieurs pièces du puzzle. Comment contribuer à les connecter ?
POINTE-NOIRE N’EST PAS UN TERRITOIRE VIERGE
S’implanter à Pointe-Noire ne signifie pas arriver dans une ville où tout resterait à construire.
Ce serait ignorer les professionnels qui y travaillent déjà.
Les réalisateurs.
Les techniciens.
Les producteurs.
Les associations.
Les formateurs.
Les porteurs de projets.
Les structures culturelles.
Et toutes les initiatives qui ont précédé cette implantation.
En septembre 2025, Pointe-Noire accueillait notamment la sixième édition d’Alaka Film Lab, consacrée au développement de projets, au mentorat, au pitch, à la coproduction et à la recherche de financements et de débouchés.
Des professionnels et projets issus de plusieurs pays africains s’y sont retrouvés.
En février 2027, la ville doit également accueillir une nouvelle édition d’une session de formation consacrée aux métiers de l’audiovisuel, après plusieurs éditions organisées à Brazzaville.
Ces mouvements sont significatifs.
Ils montrent que Pointe-Noire commence à attirer des dispositifs qui dépassent la seule production d’œuvres.
Formation, développement de projets, compétences techniques, mise en réseau : plusieurs fonctions d’une filière commencent à converger vers le même territoire.
L’arrivée de L’Étoile de l’Afrique s’inscrit dans cette dynamique.
Elle ne prétend pas la créer.
Elle entend y prendre sa place.
POURQUOI POINTE-NOIRE ?
Le choix de Pointe-Noire répond d’abord à une réalité géographique et économique.
Capitale économique de la République du Congo, ville portuaire ouverte sur l’Atlantique, Pointe-Noire occupe une position particulière.
Mais pour l’audiovisuel, cette position ne suffit pas.
Un territoire devient stratégique lorsqu’il est capable de faire circuler trois choses :
les compétences, les projets et les opportunités.
Or c’est précisément sur ces trois dimensions que les besoins apparaissent.
Des talents existent.
Des projets existent.
Des professionnels existent.
Des initiatives de formation existent.
Mais leur connexion reste encore insuffisamment structurée.
Un jeune professionnel formé doit pouvoir identifier une production.
Un producteur doit pouvoir trouver une équipe.
Un auteur doit savoir où développer son projet.
Une œuvre terminée doit pouvoir trouver un diffuseur.
Un professionnel doit pouvoir accéder à des marchés au-delà de son territoire.
Et les institutions doivent disposer de données suffisamment fiables pour comprendre les besoins réels de la filière.
C’est dans cet espace entre les acteurs que se situe l’enjeu.
DE PARIS À POINTE-NOIRE : CONSTRUIRE UNE PASSERELLE, PAS UNE ANTENNE SYMBOLIQUE
L’implantation de L’Étoile de l’Afrique à Pointe-Noire ne doit donc pas être comprise comme la simple ouverture d’une adresse supplémentaire.
L’objectif est de construire une passerelle opérationnelle entre la France et l’Afrique.
Paris constitue un point d’accès aux institutions, aux partenaires, aux marchés, aux réseaux professionnels et à une partie importante de l’écosystème audiovisuel européen.
Pointe-Noire doit permettre de travailler au plus près des réalités professionnelles africaines.
Entre les deux, l’enjeu consiste à organiser une circulation.
Circulation des professionnels.
Circulation des compétences.
Circulation des projets.
Circulation des œuvres.
Circulation des informations.
Et, à terme, circulation des investissements et des opportunités.
Cette relation ne peut cependant fonctionner que si elle reste équilibrée.
Il ne s’agit pas de transférer mécaniquement des modèles conçus à Paris vers Pointe-Noire.
Il s’agit de construire des outils à partir des réalités observées sur le territoire.
LE PREMIER CHANTIER : PROFESSIONNALISER
La formation constitue naturellement l’un des premiers axes.
Mais former ne signifie pas seulement transmettre des connaissances.
Dans une industrie audiovisuelle, la professionnalisation suppose également de savoir construire un projet, présenter un dossier, élaborer un budget, identifier ses droits, comprendre un contrat, constituer une équipe, rechercher un financement, préparer une stratégie de diffusion et accéder à un marché professionnel.
Un réalisateur peut avoir une vision artistique forte et rencontrer des difficultés à transformer cette vision en projet finançable.
Un technicien peut posséder des compétences et rester invisible pour les producteurs.
Un producteur peut développer une œuvre sans disposer des outils nécessaires pour la positionner sur les marchés.
Le passage du talent au professionnel constitue donc un maillon essentiel.
C’est sur ce passage que L’Étoile de l’Afrique entend intervenir.
LE DEUXIÈME CHANTIER : IDENTIFIER ET CONNECTER LES PROFESSIONNELS
L’un des constats récurrents dans les écosystèmes audiovisuels émergents est paradoxal.
Les compétences existent parfois sans que ceux qui en ont besoin sachent où les trouver.
Qui sont les ingénieurs du son disponibles ?
Les chefs opérateurs ?
Les monteurs ?
Les réalisateurs ?
Les producteurs ?
Les scénaristes ?
Quels projets développent-ils ?
Sur quels territoires peuvent-ils travailler ?
Quelles sont leurs expériences ?
Le parcours de Mbongo Mbulu Cedrick l’a montré : derrière les films existent des métiers techniques indispensables dont la visibilité reste souvent faible.
Structurer une filière suppose donc également de rendre les compétences identifiables.
Cartographier.
Qualifier.
Mettre en relation.
Et créer les conditions permettant aux professionnels de travailler ensemble.
LE TROISIÈME CHANTIER : ACCOMPAGNER LES PROJETS JUSQU’AU MARCHÉ
Une formation qui s’arrête au dernier jour de cours produit rarement une transformation industrielle suffisante.
La question commence véritablement après.
Que devient le projet ?
Qui accompagne son auteur ?
Le dossier est-il prêt ?
Le budget est-il cohérent ?
Les droits sont-ils sécurisés ?
Le projet peut-il être présenté à un producteur, un fonds, un diffuseur ou un marché ?
Peut-il circuler à l’international ?
C’est pourquoi l’accompagnement doit progressivement relier la formation à des perspectives professionnelles concrètes.
L’objectif n’est pas seulement de multiplier les projets.
Il est de faire progresser leur niveau de maturité.
Du projet imaginé au projet structuré. Du projet structuré au projet finançable. Du projet finançable au projet produit. Et du projet produit à l’œuvre qui rencontre son marché et son public.
LE QUATRIÈME CHANTIER : MESURER
C’est ici que l’Observatoire de l’Audiovisuel Africain intervient.
Car une implantation professionnelle ne peut pas reposer uniquement sur des impressions.
Combien de professionnels travaillent réellement dans l’audiovisuel à Pointe-Noire ?
Quels métiers sont disponibles ?
Quels métiers manquent ?
Combien de structures produisent régulièrement ?
Quels projets sont développés ?
Quels financements sont mobilisés ?
Quels équipements sont accessibles ?
Quels lieux permettent encore de montrer les œuvres ?
Quels diffuseurs achètent des contenus ?
Quels revenus sont générés ?
Quels besoins de formation sont prioritaires ?
Aujourd’hui, plusieurs de ces réponses restent difficiles à établir à partir de données publiques suffisamment complètes.
L’Observatoire devra donc accompagner cette implantation par un travail parallèle de documentation, cartographie et mesure.
Cette distinction est fondamentale.
L’Étoile de l’Afrique agit. L’Observatoire mesure et documente.
Les deux fonctions peuvent se nourrir mutuellement sans se confondre.
UNE IMPLANTATION QUI DEVRA ÊTRE ÉVALUÉE SUR SES RÉSULTATS
L’ouverture d’un nouvel espace ou l’annonce d'un programme ne constituent pas, en elles-mêmes, des preuves de réussite.
La véritable question viendra après.
Combien de professionnels auront été accompagnés ?
Combien auront accédé à de nouvelles opportunités ?
Combien de projets auront progressé ?
Combien de collaborations auront été créées ?
Combien d’œuvres auront trouvé des partenaires, des financements ou des espaces de diffusion ?
Combien de professionnels auront pu transformer une compétence en activité économique ?
C’est sur ces résultats que l’impact devra être mesuré.
Car la structuration d’une filière ne se mesure pas au nombre d’événements organisés.
Elle se mesure à ce qui continue d’exister entre deux événements.
NE PAS SE SUBSTITUER À L’ÉCOSYSTÈME : LE CONNECTER
C’est probablement le principe le plus important de cette implantation.
L’Étoile de l’Afrique n’a pas vocation à remplacer les structures congolaises existantes.
Elle n’a pas vocation à devenir l’unique porte d’entrée des professionnels.
Elle n’a pas vocation à prétendre construire seule un écosystème.
Son utilité dépendra au contraire de sa capacité à travailler avec les acteurs déjà présents.
Professionnels.
Associations.
Entreprises.
Institutions.
Établissements de formation.
Producteurs.
Diffuseurs.
Partenaires internationaux.
Un écosystème ne se construit pas autour d’une seule organisation.
Il se construit lorsque plusieurs acteurs peuvent mieux travailler ensemble.
DE POINTE-NOIRE À UNE LOGIQUE FRANCE–AFRIQUE
L’ambition dépasse donc l’installation physique.
Pointe-Noire peut devenir l’un des points d’ancrage d’une circulation plus large entre professionnels africains et européens.
Pour les talents et porteurs de projets, cela signifie pouvoir accéder à des compétences, des partenaires et des opportunités au-delà de leur territoire immédiat.
Pour les partenaires français et internationaux, cela signifie disposer d’un point d’entrée mieux connecté aux réalités locales.
Pour les institutions, cela peut permettre de mieux identifier les besoins.
Et pour l’Observatoire, cela crée un terrain à partir duquel suivre concrètement la transformation d’un écosystème audiovisuel.
2027 SERA DONC UNE ANNÉE TEST
L’arrivée de L’Étoile de l’Afrique à Pointe-Noire ouvre une nouvelle étape.
Mais cette étape ne doit pas être racontée comme un aboutissement.
Elle constitue plutôt le début d’une expérimentation à l’échelle d’un territoire.
Peut-on mieux connecter formation, talents, projets, données et opportunités professionnelles ?
Peut-on construire une passerelle France–Afrique qui fonctionne dans les deux sens ?
Peut-on accompagner des professionnels sans les rendre dépendants d’une structure ?
Peut-on transformer des initiatives ponctuelles en continuité professionnelle ?
Et peut-on mesurer suffisamment précisément les résultats pour savoir ce qui fonctionne réellement ?
Ce sont ces questions qui devront guider la suite.
Dans notre précédent article, nous posions une interrogation :
Pointe-Noire peut-elle devenir un véritable pôle audiovisuel d’Afrique centrale ?
L’arrivée de L’Étoile de l’Afrique ne répond pas encore à cette question.
Elle ajoute simplement une nouvelle pièce au puzzle.
Désormais, il faudra observer ce qu’elle permettra réellement de connecter.
Car l’enjeu n’est pas d’être présent à Pointe-Noire.
L’enjeu est de devenir utile à l’écosystème qui s’y construit.


